INTEGRAAL-concept

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22- La résistance au bien-être


Dans cet article, la notion de bien-être est à comprendre comme un état qui cumule à la fois une bonne santé et une certaine sérénité à défaut de bonheur béat. C'est un état relatif et temporaire qui se différencie de l'état permanent et transcendant d'éveillé (on parlera alors de paix, de liberté, de joie). Dans les précédents articles « fondateurs » d'intégraal-concept, j’ai tenté d’amener progressivement le lecteur d’une conception générale et « acceptable » de la non dualité à une approche à la fois plus radicale et plus audacieuse. Pour rappel, elle induit que nous ne sommes pas des corps distincts contenant des esprits individuels et parcourant un monde matériel et réel. Nous sommes un seul Esprit global et abstrait rêvant de ce monde illusoire de matière et de multiplicité. Ce n'est pas notre cerveau qui crée notre pensée, mais notre esprit qui projette l'image d'un corps pourvu d'un cerveau à qui nous attribuons le pouvoir de penser.

 

Conséquence logique : J’ai perdu une grande partie de mes lecteurs déjà pas très nombreux au départ de l'aventure « intégraal-concept » . On pourrait aussi expliquer cette désertion par d'autres causes, y compris celle de mon choix pédagogique discutable et je l'accepte volontiers. Mais d'une manière plus globale, je voudrais évoquer à travers deux articles la raison fondamentale et universelle qui explique la méfiance et la défiance des hommes en général vis a vis du bien être et de la paix intérieure, liés ou pas à la spiritualité. Dans un prochain article, je parlerais de la résistance à la spiritualité au sens le plus profond et original du terme, la spiritualité qui nous pousse à la transcendance, à la recherche de notre origine existentielle, à faire le saut de la foi dans les bras de Dieu, pas celui des religions, mais celui (ou celle), universel, qui se situe bien au-delà de toutes les classifications, divisions, limitations, et spéculations humaines

 

Mais avant cela, je vais déjà dire quelques mots sur la résistance au simple bien-être auquel nous prétendons en tant qu'humain ordinaire qui ne pose pas forcément de questions métaphysiques. Nous avons tous entendu ou prononcé au moins une fois dans notre vie cette célèbre affirmation « On dirait que je ne m'autorise pas à être heureux, ou heureuse ». Cela implique clairement un conflit dans notre esprit, une résistance qui nous échappe. Même si l'on parle sans tabou de spiritualité de nos jours, ce terme galvaudé recouvre souvent toute une kyrielle d'approches, de techniques et de postures qui relèvent souvent du développement personnel ou des approches dites énergétiques (reiki, shamanisme...) . Au lieu de transcender notre condition, on cherche à guérir de notre mal-être ou devenir un super-humain « socialement performant » en exacerbant nos cotés « positifs » tout en refoulant notre part d'ombre gênante. On peut faire illusion temporairement mais c'est comme arracher une mauvaise herbe en laissant sa racine enterrée.

 

Au fond, et au-delà des apparences ; tous les êtres humains traversent les mêmes étapes dans leur quête de bien-être. Cette première vague de résistance « psychologique » associé à aux premiers pas se traduit surtout par notre peur de changer nos idées, nos comportements nos habitudes mentales, tout ce qui heurte notre éducation, nos croyances, nos convictions. Mais cette résistance reste plus ou moins compréhensible et surmontable par notre mental car elle se situe sur un plan suffisamment conscient et rationnel. Imaginons par exemple que je sois un homme très timide. Même si je suppose qu'il sera difficile de changer, je sais que je peux, puis veux progresser car je vois bien combien cela me fais souffrir et m'éloigne des autres, et je vois bien que les gens sans timidité sont bien plus épanouis que moi. Donc je peux accepter de faire un travail dans ce sens car je constate le bénéfice émotionnel et concret d'un tel travail chez d'autres C'est ce qui explique la popularité croissante du développement personnel et autres méthodes de « guérison » depuis quelques décennies.

 

Mais toutes ces approches populaires (ou élitistes selon les cas) restent d'une portée assez limitée à long terme, si l'on cherche vraiment l'éveil et la paix durable. Non pas parce qu'elles ont intrinsèquement « mauvaises » ou inefficaces, mais parce qu'elles se focalisent sur une identité qui n'est pas réellement la notre. C'est un peu comme maquiller une image sur l'écran du cinéma de notre vie pour l'embellir, sauf que les images défilent 24 fois par seconde et le travail est à refaire perpétuellement. Le problème n'est pas au niveau de l'écran mais au niveau du projecteur : notre esprit ! Cette manière de rester focalisé sur la forme, sur la croyance aveugle en nos perceptions physiques est une première forme de résistance qui correspond à l'une des devises de l'ego : « Cherche, mais pas au bon endroit ! » . Cette étape est inévitable car du point de vue qui est alors le notre (et donc celui de l'ego) , « je » me crois légitime à modifier, renforcer, embellir ce qui constitue ce que « je suis » : un être physique, autonome et séparé des autres, et par dessus-tout, un être « victime des circonstances ».

 

Ma critique du développement personnel vaut surtout pour celui qui se pare des attributs de spiritualité. Mais je voudrais répéter qu'il s'agit d'une étape certainement nécessaire et utile car on ne peut dépasser ce que l'on a pas expérimenté de façon pleinement consciente. Il faut parfois renforcer son égo pour le voir tel qu'il est et le démasquer. Ainsi, le développement personnel constitue une forme de tremplin vers une autre quête, moins égo-centrée (au sens non-duel) et moins matérialiste. Mais avant cela, il peut aider bien des gens, dans un premier temps à rejoindre une forme de « normalité sociale » sur un plan affectif, matériel. On ne peut voir que du positif dans le fait de retrouver un peu de confiance et d'estime de soi car toute démarche spirituelle est bien difficile quand nous sommes dévorés par les inquiétudes liées à notre simple survie (manger, dormir sous un toit, trouver un emploi…).

 

Je dis simplement qu'une fois notre situation matérielle et morale à peu près stabilisée, il est vain d'attendre davantage de la plupart des approches en vogue, précisément parce qu'elles se qualifient de « brèves » . Je n'y reviendrais pas davantage ici car je l'ai déjà évoqué par ailleurs dans ce blog. Bien sur je n'ai pas de preuve « scientifiques  et chiffrées», mais depuis une vingtaine d'année j'ai cotoyé bien des personnes (y compris moi-même!) ayant testé l'une ou plusieurs de ces méthodes. Passé leur enthousiasme initial, je ne les ai pas vu beaucoup changer. Elles ont gardé non seulement leurs même traits de personnalités, y compris les plus dérangeants, mais aussi leurs mêmes problèmes récurrents et blessures profondes. Celles-ci finissaient toujours par remonter à la surface de leur vie, comme un cadavre indésirable plongé dans la mer et lesté d'un ballon gonflable au lieu de l'être par une enclume.

 

La résistance psychologique au bien-être est à la fois une malédiction et une chance. Une malédiction car elle nous empêche d'accéder à la vie « idéale » dont nous rêvons. Mais au fond c'est une chance car elle nous montre que cette vie rêvée n'est idéale que selon les critères de l'ego. Nous seulement les résultats désirés sont difficiles à atteindre, mais quand on y parvient enfin, ils nous lassent bien vite et d'autres désirs apparaissent pour les remplacer, ans parler de nos démons intérieurs On peut faite semblant un moment sur la scène du monde, mais notre ombre, par définition nous suivra partout ou nous allons tant que l'on croira être un corps engendré par d'autres corps. Les raisons profondes de notre mal être ne sont pas à chercher dans nos conditions de vie (nous habitants des pays développés) , dans notre beauté physique, ni dans le montant de notre compte en banque ou notre renommée dans les réseaux sociaux.

 

On pourrait légitimement se demander quel est l'intérêt du mental-ego d'opposer tant de résistances pour accéder à ce qui reste un mensonge qu'il maitrise encore ? Comme je l'ai dé à esquissé, même si cette phase n'apporte pas durablement le bonheur et la paix escomptés, elle constitue un pas de plus dans le processus de défaire ce que nous croyons être, et l'ego fera tout pour le retarder (se contenter de se sort ), puis la prolonger (chercher plus et mieux encore et encore). S'il est impossible d'être durablement heureux avec les moyens que le monde nous propose, c'est qu'on fond nous croyons aussi ne pas mériter ce bonheur. Ainsi, au fil des déceptions et autres désillusions, nous finirons par nous demander s'il n'existe pas une explication à cette indignité au bonheur et une meilleure façon de vivre . Et c'est tout un questionnement intérieur qui s'en suivra et nous mènera vers un chemin spirituel, avec des résultats plus prometteurs, mais aussi une forme de résistance à l'avenant : bien plus subtile et bien plus coriace : c'est le dernier rempart de l'ego avant l'éveil, avant Dieu (ou la Source si le mot Dieu vous choque).

 

Alain - février 2019

 

«  Tous les chercheurs ont dépassé la faim immédiate, le besoin de toujours rassasier le corps. Ensuite, ils dépassent la faim mentale, c'est à dire la croyance en laquelle des explications justes livreraient le mode d'emploi de la vie. Le mental commence alors à être remis en question, et la profondeur apparaît » Natarajan - La racine de l'éveil.

 

A suivre : la résistance spirituelle à l'éveil



01/02/2019
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